Sunday Family Breakfast Tradition
Les brunchs du dimanche. Mise à part s’il travaillait, ou si l’un des enfants avait une activité sportive (ou autre), Austin ne manquait jamais l’occasion d’aller à la maison familiale accompagné de Millie et des enfants. Pour certaines familles, le dimanche était le jour où l’on allait à l’église en famille, mais chez les Summers, la tradition était plutôt de se réunir autour de la table le temps de manger un repas en famille. C’était comme ça depuis qu’ils étaient enfants et malgré l’âge adulte et les occupations de chacun, la tradition était restée. Le brunch n’avait jamais été obligatoire. Le repas n’avait jamais comporté de code vestimentaire. Tout se faisait dans la simplicité. À chaque semaine c’était une surprise de voir qui allait s’y retrouver. Parfois, ils se retrouvaient les 5 enfants réunis autour de la table et parfois, ce n’était qu’un. Peu importe qui se retrouvait autour de la grande table, le véritable plaisir avait toujours été le plaisir de se retrouver. C’était forcément ce pourquoi, encore aujourd’hui ils se réunissaient tous ensemble (ou presque) à chaque semaine.
Depuis la mort du père d’Austin, voir même l’annonce de sa maladie, les enfants s’efforçaient que l’un deux soit toujours présent. Originalement, ça l’avait été pour profiter des derniers moments avec le père de chacun d’eux et désormais, c’était pour faire en sorte que leur mère de famille ne soit pas seule. Cette semaine, ils étaient presque tous entouré de la table. Austin était accompagné de Millie, des deux ados et de la petite Aria qui mangeait encore sur sa chaise haute entre sa petite personne et Millie. C’était toujours beau de voir les discussions entre les diverses générations autour de la table, suivi des rires aux éclats. Austin était sur le point d’avaler la dernière bouchée de son assiette lorsqu’il entendit sa mère ouvrir la bouche à l’égard de sa femme Millie.
" Millie. La grossesse te va à merveille. "
Sa mère se retourna ensuite en direction de Nora.
" Nora ma chérie, quand auras-tu le plaisir de nous présenter quelques et d’avoir un enfant à ton tour. Tu sais que l’horloge biologique ne sera pas éternelle. "
Austin marqua de s’étouffer avec cette dernière bouchée qu’il avait en bouche. Sa mère était douée pour faire des commentaires comme celui-ci à Nora sur le sujet. Il tenta de détourner le sujet de la discussion.
Il regarda sa femme et Nora un coin de l’œil et par chance, l’un de ses frères détourna à son tour la discussion.
Une fois le repas terminé, Austin remarqua Nora qui s’éclipsa par la porte arrière du jardin pour prendre l’air discrètement alors que tout le monde ramassait la table. Il en profita pour faire de même, s’éclipsant à son tour pour rejoindre sa petite sœur. Après tout un bol d’air ne lui ferait pas de mal. Une fois à l’extérieur, il ouvrit la porte.
Il rigola vite fait.
Il disait ceci pour rire, quoi que bien malheureusement, c’était aussi avec une légère once de vérité sur le sujet.
Le brunch dominical des Summers. D’aussi loin que les souvenirs de Nora remontent, c’est une tradition qui n’a jamais cessé. C’est le moment dans la semaine où tous les membres de la famille s’installent autour de la table pour partager un bon repas préparé par les douces mains de la mère de famille, avec l’aide de certains enfants.
Les premières années, tous les enfants étaient présents. Cinq têtes blondes, assez bruyantes, pour donner de la vie à la maisonnée. Et puis, avec le temps, il y a eu des manquants. La faute aux études, parfois, trop loin d’Oceanside pour se permettre un aller-retour pour le week-end. Des obligations professionnelles. Des sorties personnelles. Il y a également eu des ajouts dans le groupe, avec les compagnes des frères Summers, et puis avec les enfants qui sont venus agrandir un peu plus ce clan. La vie, ce n’est pas un long fleuve tranquille, alors il a fallu faire face à des pertes, lors des séparations ou bien avec le décès du père de famille. Un magnifique tableau qui résume parfaitement le cycle de la vie. Dorénavant, on ne peut savoir à l’avance qui sera présent - ou non - lors du repas. C’est un peu une petite surprise en arrivant dans la maison familiale. Quoiqu’il en soit, il n’y a jamais de rancœur tournée vers les absents. Ce n’est pas une contrainte d’être ici, mais un choix, une envie.
Nora, elle attend ce moment avec une certaine impatience. Surtout après cette semaine riche en surprises. Être entourée des siens, c’est la meilleure façon de se vider la tête, de passer un bon moment.
En principe.
Aujourd’hui est l’un de ces jours où sa charmante mère a décidé de manquer de tact avec la seule fille de la fratrie. Un simple commentaire, adressé à la belle-sœur de la blonde, avant de se tourner vers Nora, pour remettre sans cesse sur la table le sujet d’un prétendant, et des petits-enfants qui vont avec. Le commentaire difficile à avaler, qui fait naître de l’agacement chez la vétérinaire, qui l’exprime en reposant sa fourchette un peu trop brutalement dans son assiette. Si elle bout à l’intérieur, une cocotte minute prête à exploser, Nora parvient à afficher un sourire, quoiqu'un peu trop tendu pour paraître naturel. Prête à répliquer, avec le franc parler qu’elle a hérité de son père, elle est toutefois sauvée par l’intervention de l’un de ses aînés, Austin. Son regard se pose sur lui, tandis qu’il sort un argumentaire qui se tient. C’est vrai que présenter un petit ami n’a pas été simple dans son enfance. Avec quatre paires d’yeux prêts à fusiller le pauvre malheureux… il y a de quoi réfléchir à deux fois. En tout cas, l’intervention d’Austin aura eu le mérite de détourner l’attention de la mère de famille sur un autre de ses fils, pour le plus grand bonheur de Nora, qui ne manqua pas de murmurer un : « merci » à l’attention de son aîné, accompagné d’un sourire un peu moins crispé.
La suite du repas se passa sans encombre, sans drame supplémentaire. Pour Nora en tout cas. Parce que, avec des enfants autour de la table, ce n’est pas étonnant de voir de la nourriture voler, et finir la course sur le sol. Rien de bien méchant. Un repas délicieux et copieux, comme à chaque fois, sans que Nora n’ait pu y contribuer, car tout le monde connaît ses talents culinaires. Comme quoi, être une femme n’est pas suffisant pour assurer les qualités d’une bonne maîtresse de maison.
Une fois l’estomac plein, prêt à craquer, la seule sœur de la fratrie décide d’aller prendre l’air à l’extérieur, dans le jardin de la maison. Un petit break pour souffler un peu, pour canaliser ses émotions, et surtout, pour tenter de retenir les commentaires acerbes qui menacent de sortir à tout moment, depuis un an. Un tête à tête avec elle-même, et la nature, entre la saison hivernale et printanière. Un instant de solitude qui ne dure pas, Nora est rapidement rejointe par le frère qui lui a sauvé la mise, un peu plus tôt, et qui a probablement évité un drame familial. « Crois-moi, ce n’est pas tous les jours facile d’être la seule fille au milieu de vous. » Oh, elle ne regrette pas sa position, Nora. En fait, elle apprécie d’avoir quatre frères autour d’elle. Grâce à ça, elle a eu une relation privilégiée. Elle sait que cette configuration a joué sur son caractère, sa personnalité. S’il n’y avait eu que des filles, un peu comme dans les Quatre Filles du Dr March, ça aurait été différent. Néanmoins, ça reste difficile d’être le centre de l’attention en matière de joli mariage, et de bébés. « Parfois, je me dis que je devrais faire comme dans une série que j’ai vu sur Netflix. La trentenaire qui est toujours célibataire, contrairement aux autres membres de sa fratrie, qui s’invente un petit-ami, juste pour avoir la paix. Ça ne devrait pas être compliqué de demander à quelqu’un de faire semblant, le temps d’un repas de famille. Un mec de mon boulot tiens, aussi occupé que moi. Parfait pour justifier de prendre son temps ! » Ça serait un peu pervers, et malsain, mais si ça pouvait donner un peu de répit à Nora, le temps d’un repas, la blonde en serait capable. Parce que, ce n’est pas son projet de présenter quelqu’un. Il n’y a personne à présenter. Il y avait bien Samuel, à un moment, mais elle a eu peur Nora, comme à chaque fois. Retour à la case départ. « Je ne comprends pas pourquoi elle s’acharne sur moi, pourquoi elle a toujours autant cette lubie de bébés avec moi. Il y a déjà bien assez de petits-enfants avec vous, non ? Le prochain arrive bientôt, elle peut me laisser tranquille pendant… six mois, non ? » À croire que madame Summers espère que ses enfants repeuplent le monde à eux seuls.
Austin aimait ces repas de famille du dimanche. Cette petite tradition qu’ils avaient depuis la petite enfance et qui avait perduré malgré les années. Désormais, il y avait les conjoints et les petites têtes de plus à la table. Austin ne pouvait pas toujours ê entre son travail à la caserne et les enfants, mais lorsqu’il le pouvait il était présent, tout comme l’était Millie et les enfants.
Les Summers était une très grande famille unie. Les enfants avaient eu deux parents aimants et extraordinaires, mais parfois, il arrivait que la mère de famille manque de tact. Elle était aussi plutôt douée pour sortir ces commentaires en plein milieu de tout le monde, durant le repas, tout comme elle l’avait fait aujourd’hui à l’égard de Nora. Austin avait eu droit à quelques commentaires de sa mère à plusieurs reprises. Avec les années, il s’y était fait, mais il pouvait tout de même comprendre comment Nora pouvait se sentir, bien que les commentaires à son égard avaient été différent. Il n’oublierait jamais ses commentaires suite à l’annonce de la grossesse de Colleen (la mère des adolescents), alors qu’ils n’étaient pas mariés. Par la suite, la séparation et le fait qu’il avait presque la garde exclusive des enfants, son choix de métier (d’abord l’armé, suivi de son métier de pompier), qu’elle n’approuvait pas, à cause du danger et tous ses commentaires sur ses choix en tant que père de famille, sur sa manière d’élever les enfants (etc.). Avec les années, il s’y était fait, mais il pouvait tout de même comprendre comment sa jeune sœur s’était senti lors du repas. C’est forcément ce pourquoi il détourna l’attention et vint à sa défense. Si ça n’aurait pas été lui, forcément que l’un autre membre de la famille aurait détourné l’attention. Par chance, ce fut le seul drame du repas. Ça et une odeur nauséabonde de la part d’Aria, qui nécessitait un changement de couche d’urgence. Un mélange des deux situations, fut forcément ce pourquoi, il vint rejoindre sa jeune sœur dans le jardin à l’arrière de la maison. L’endroit idéal pour prendre un peu l’air, éviter le nettoyage et tout le chaos familial.
Nora admit que ce n’était pas toujours facile de vivre entouré de frères. Il sourit vite fait.
Il sourit de nouveau tout en regardant sa petite sœur. Il avait eu cette phase où il avait été difficile avec sa jeune sœur, surtout alors qu’il avait moins de 10 ans, mais avec le temps, il était aussi devenu hyper protecteur envers elle et il donnerait forcément sa vie pour elle.
Il rigola de nouveau écoutant sa sœur mentionner qu’elle devrait s’inventer un petit ami comme dans la série Netflix qu’elle avait vu.
Il disait ça pour rire bien entendu, mais embarquer dans les absurdités de sa sœur, c’était plutôt amusant. Il reprit ensuite un peu son sérieux.
Il haussa des épaules vite fait.
Tout comme elle le faisait maintenant avec Austin, critiquant tous ces choix en tant que parent.
La famille. C’est probablement l’un des concepts les plus importants aux yeux de Nora, bien que l’on puisse se poser quelques questions sur la manière de l’exprimer. Oui, elle n’est pas celle qui sera fourrée chez sa mère plusieurs fois par semaine, ni la sœur qui va converser avec ses frères presque tous les jours. Oui, elle n’a pas hésité à mettre de la distance pendant plusieurs années, pour ses études, et ensuite pour suivre ce que son coeur lui dictait. Pourtant, ça ne la rend pas moins proche des siens. Elle n’a pas besoin d’être en permanence avec eux, de communiquer avec eux à longueur de journée, pour les aimer. En cas de problèmes, Nora répondra toujours présente. C’est ce qu’elle a fait, il y a quelques années, à la mort du père de famille. Elle n’a pas hésité un seul instant pour faire ses valises, et sauter dans le premier vol en direction du continent.
Elle aime ses frères. Elle pense bien s’entendre avec ses belles-soeurs. Elle apprécie ses neveux et ses nièces comme si c’étaient ses propres enfants. Mais entre madame Summers et son unique fille, le courant n’est pas toujours très fluide. La veuve ne semble pas prendre conscience de la pression qu’elle met sur les épaules de sa fille, par des petits commentaires en apparence innocents. La faute à la blonde, qui ferait mieux de se confier, d’ouvrir sa bouche plutôt que de jouer les huîtres hermétiquement fermées lorsqu’il s’agit de ses propres maux. Mais c’est comme ça. Elle est comme ça, Nora. Secrète, réservée sur ses émotions, préférant se montrer forte pour être à la hauteur de ses frères, plutôt qu’afficher une certaine fragilité.
Ambiance qui peut être pesante, parfois. Comme aujourd’hui, où la tolérance de Nora ne semble pas être très forte. À la fin du repas, elle ressent le besoin de s’isoler dans le jardin de la maison familiale. Un endroit où le calme revient instantanément, chose qui n’est pas très compliquée à faire quand on dénombre les occupants de la maison. Moment de solitude qui ne perdure pas, rejointe au bout de quelques minutes par l’un de ses frères, celui qui a bien voulu voler à son secours pour éviter une dispute familiale.
Si elle est plutôt secrète au quotidien, ça n’empêche pas la Summers de se confier avec ses frères, sur certains sujets. Comme maintenant, où elle ne cache pas les difficultés à être la seule fille dans une fratrie de quatre garçons. « Celle-ci, par exemple. Tu m’as poussé de la balançoire, pour piquer la place, et j’ai eu deux points de suture ! » Elle n’hésite pas à relever sa manche pour présenter son coude, et désigner une légère marque blanche sur sa peau. L’un des nombreux souvenirs que Nora peut avoir, avec ses frères. Oh, il y en a eu des bagarres, de la chamaillerie, ou même des disputes. Mais c’était une belle époque. Et puis, Nora n’était pas la dernière pour orchestrer des déclarations de guerre. Alors, sans rancune.
Ce temps est révolu. Il y a bien des années qu’ils ne se sont pas cherchés, physiquement. Quoique, il arrive parfois que l’un de ses frères l’attrape pour la décoiffer, pour la faire râler surtout, comme lorsqu’elle était adolescente, et qu’elle passait un peu de temps dans la salle de bain pour plaire à son petit-ami. Un petit-ami. Voilà un concept qui ferait plaisir à madame Summers, qui donnerait presque envie à Nora de l’inventer, pour avoir un peu de répit, chose qu’elle n’hésite pas à confier à Austin, sur le ton de la plaisanterie. « Merci, mais je ne suis pas sûre que maman soit ravie de me voir débarquer avec un pompier ou un militaire. Donc à moins que tu aies des potes avec un boulot plutôt tranquille pour lui éviter une crise cardiaque… un comptable ou un conseiller en assurances tiens ! » Le pire, dans tout ça ? C’est probablement que Nora en serait capable. Il y a bien assez de folie en elle pour envisager un stratagème aussi bizarre. Si ça pouvait lui donner une période de calme, quelques semaines ou quelques mois sans que sa mère n’ait à lui demander sans cesse le moment où elle viendra déjeuner avec un prétendant. S’il y avait quelqu’un, peut-être que les questions sur les enfants cesseront, pour ne pas le faire fuir. Ce n’est pas comme si madame Summers n’était pas déjà comblée avec ses autres enfants, en matière de petits-enfants. « Ouais… comment avoir encore plus de pression… » dit-elle, en roulant des yeux, avant de se diriger vers le salon de jardin, histoire de s’asseoir sur l’un des fauteuils. Tant qu’à converser dehors, autant s’installer confortablement. Surtout que… bien malgré elle, Nora ne va pas pouvoir échapper à la conversation sérieuse. « Le truc, Austin, c’est qu’il y a très peu de chance que ça arrive. » répond-t-elle à son frère, avec une dose de sérieux dans la voix. Elle ne sait pas si elle a envie de prendre cette voie… après tout… elle ne s’est jamais confiée à personne sur le sujet. Mais… il est peut-être tant ? Elle hésite, se triture déjà le cerveau à s’en faire des nœuds, jouant sans s’en rendre compte avec les ongles de ses doigts. C’est uniquement la voix de son frère qui la tire de sa rêverie, et qui l’incite à se lancer. « Physiologiquement parlant… je ne coche pas toutes les cases pour espérer tomber enceinte facilement… ni même aller au bout d’une grossesse… » Un aveu difficile à formuler, surtout à haute voix, si bien qu’elle ne le regarde même pas, elle fixe bêtement ses doigts, ou bien un point invisible à l'œil nu. N’importe quoi, pour ne pas croiser le regard d'Austin, pour ne pas y lire de la pitié ou n’importe quelle autre émotion négative.
Pour Austin aussi la famille c’était important. Il n’était pas celui qui appelait à tous les jours, mais il appréciait toujours les bons moments de qualités avec les siens. Chaque dimanche comme celui-ci. Il donnerait sa vie pour chacun d’eux et il sait que dans la situation inverse, ils feraient de même. Il savait aussi que peu importe la distance qui le séparait de chacun d’eux, ils étaient tout de même toujours aussi proche. Du temps où il était dans l’armé. Il lui arrivait de ne pas voir sa famille durant des mois et dès le moment où il franchissait la porte de la maison familiale, c’était tout comme s’il avait vu sa famille la vieille.
Austin ne pourrait jamais vivre la situation de Nora. Il n’était pas la fille unique de la famille Summers, par contre, ayant seulement eu qu’un seul garçon, il pouvait forcément comprendre inversement le type de relation que vivait Nora avec sa mère. Et ce, bien que les rôles était totalement inversé. Forcément qu’il lui arrivait de donner cette pression un peu différente à son fils. Il espérait sincèrement qu’il ne donnait pas les mêmes commentaires innocemment à son fils. Qu’il ne lui donnait pas cette pression supplémentaire inutile.
Par chance, malgré l’ambiance pesante, le repas se termina bien vite. Austin ne savait pas si sa petite sœur désirait ou non être seul, mais en tant que grand frère, il se devait bien de l’emmerder un peu. Si ça n’avait pas été lui qui serait sorti, forcément que l’un de ses frères l’aurait fait, ou l’une de ses sœurs par alliance, mais trop tard, ce fut Austin qui sorti à l’extérieur.
Austin put s’empêcher de rire en regardant la cicatrice de sa petite sœur.
Ceci dit, il l’avait forcément poussé ailleurs et par chance, Nora n’était pas le type de petite fille à se laisser faire. Même qu’elle aussi savait pousser. Austin sourit à l’idée d’inventer un petit ami à sa petite sœur. L’idée était farfelue.
Il rigola vite fait.
Austin suivi sa sœur en direction des fauteuils. Restant silencieux quelques instants. Il laissa sa sœur parler. Elle semblait mentionner qu’elle ne pourrait pas avoir d’enfants. Qu’il y avait très peu de chance que ça l’arrive. Il s’apprêtait à ouvrir la bouche, mais il se doutait bien que sa sœur avait plus qui se cachait derrière l’histoire. Il resta un petit moment sans voix.
Il haussa des épaules, ne sachant pas si c’était les bons mots ou non. Pour dire vrai, est-ce qu'il y avait des bons mots à mentionner dans des situations comme celle-ci? Il se demandait si c’était important pour sa sœur de devenir éventuellement maman. De porter un enfant. Dans tous les cas, il y avait forcément, tout de même quelques options. À débuter par l’adoption.
Aussi loufoque que soit l’idée, Nora est bien assez extravertie pour se laisser tenter. Au même titre qu’elle a assez de poigne - et de répondant - pour ne pas le faire, pour ne pas choisir la solution de facilité mais, au contraire, encaisser les remarques de sa mère à chaque fois que celle-ci a l’occasion d’en faire. Ça n’a jamais été un problème pour la trentenaire, auparavant. À chaque fois, les mots lui passaient par-dessus la tête, la blonde les balayait d’un haussement d’épaules, à coup de sarcasmes, avant de changer de sujet. Ce n’est qu’assez récemment, depuis un peu plus d’un an, que les commentaires de sa mère sont plus… difficilement encaissables. Mais elle finira bien par s’y faire, Nora, comme à chaque épreuve. Cela deviendra une habitude dans son quotidien, à moins qu’elle ne trouve le courage de libérer sa pensée, auprès des siens, pour qu’ils sachent à quoi s’en tenir, qu’ils soient conscients qu’une remarque cinglante puisse sortir de la bouche de la Summers s’ils s’aventurent sur cette pente glissante.
À voir.
Ce n’est pas simple d’aborder le sujet. Il n’y a aucun bon moment pour avoir une telle conversation. Il faut provoquer le moment, ou saisir une perche quand elle se présente. Comme maintenant. Avec Austin. Ne dit-on pas que le plus dur, c’est d’en parler une première fois ? Elle l’ignore la blonde, a des doutes à ce sujet, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle se lance avec son frère. L’aveu n’est pas évident, mais ça fait du bien d’en parler, de lui faire comprendre que… non, il n’est pas certain de voir Nora avec plusieurs enfants dans quelques années, avec une grand-mère Summers satisfaite de ce côté-là. Parce que dans la vie, ce n’est pas toujours rose. Il y a des imprévus, des couacs, des épreuves imposées par la vie pour mettre des bâtons dans les roues. C’est ce qu’elle vit, Nora, et pour ça, elle aimerait bien qu’on lui lâche les ovaires. « Exact. Donc même s’il y a des secrets qui ne restent pas secrets dans la famille, qui se répandent comme une trainée de poudre… celui-là a intérêt à le rester. Je veux pouvoir décider de qui et quand, je veux en parler. » dit-elle, un peu sévèrement, parce qu’il est question de sa propre vie, alors elle estime avoir le droit à un contrôle absolu. C’est un peu comme si l’un de ses frères lui avait confié une bisexualité, voire une homosexualité. C’est le genre de nouvelles à ne pas ébruiter, où la confiance est importante. Donc elle espère pouvoir accorder la sienne à Austin, qu’il n’ira rien dire, même à sa femme en fait. Elle en parlera, Nora, tôt ou tard. « Un an, à peu près. Je l’ai su l’an dernier, en début d’année. » Le genre de cadeaux, après fête, de nouvelle année, dont elle se serait bien passée, Nora. Mais il faut faire avec, et aviser maintenant. Ce n’est pas comme si elle était malade, qu’elle souffrait le martyre ou autre. C’est juste une information, un poids sur ses épaules, qui devient difficile à porter certains jours, quand son regard se pose sur le ventre arrondi d’une femme enceinte, ou sur un nouveau né dans une poussette. « J’ai parfaitement conscience qu’il n’y a pas mort d’hommes, hein ? Que ce n’est pas comme si on m’avait annoncé un cancer, ou une merde similaire. Mais… quand je vois Jeremiah* qui a eu des enfants, toi aussi… et tu vas encore en avoir un dans quelques mois… et maman qui saisit toutes les occasions pour me demander quand je vais m’y mettre… ça met la pression, Austin, tu vois ? J’ai pas demandé à être célibataire à mon âge, à tomber sur des crétins en matière de mecs… Ouais j’ai fait passer mon travail avant ma vie privée mais l’un n’empêche pas l’autre. Genre… tu as fait l’armée, tu es pompier maintenant, et tu as pourtant eu deux belles histoires donc… c’est juste que je ne suis pas encore tombée sur le bon. » Mince, elle aimerait bien avoir quelque chose entre les doigts, une tasse de café, ou même un verre d’alcool pour digérer après le repas… n’importe quoi à avaler, plutôt que de se triturer les doigts bêtement. « Sauf que maintenant… maintenant que je sais ça… j’sais pas, j’ai un blocage. J’ai peur d’être un imposteur auprès des hommes. Je suis dans une tranche d’âge où on pense à fonder une famille, alors si j’tombe sur un mec qui veut pleins de gosses, et que j’arrive en lui disant que ça risque d’être long et compliqué… bah autant pas donner de faux espoirs et m’engager dans rien. Non ? » Merde, si ça se trouve, ça ne fait aucun sens ce raisonnement. Une bonne raison pour en parler à son frère, pour confier sa pensée. D’autant que… bah c’est un homme. Il est bien placé pour tenter d’éclairer Nora, non ?
- hors rp:
- * c'est un nom donné au hasard pour le plus grand des frères, parce que ça faisait bizarre dans la phrase si j'en mettais pas
Bien qu’Austin était un peu surpris de cette confidence, il ne regrettait pas d’être assis maintenant. Ce qu’il regrettait peut-être, c’était sa réaction, puisqu’il n’était pas préparé à ce type de conversation et pour dire vrai, il n’avait jamais réellement su si Nora avait réellement ou non, envie d’avoir des enfants. Ce type de discussion n’avait jamais réellement été abordé dans le passé, sauf peut-être par la bouche de la mère de famille, qui elle semblait déterminé à l’idée de voir sa fille avoir des enfants. Dans l’esprit d’Austin, chacun était libre de faire ce qu’il voulait à ce propos. Il ne donnerait jamais ce type de commentaire à qui que ce soit en lien avec les enfants, fonder une famille ou trouver le grand amour, puisque les enfants et l’amour étaient loin de définir le succès d’un être humain. Et on ne savait jamais ce qui se passait réellement à l’intérieur d’un couple, ou d’un être seul. Peut-être qu’une personne seule était célibataire par choix, ou pas, tentant en vain de trouver le grand amour. Peut-être qu’un couple essayait désespérément d’avoir un enfant depuis des mois, voire même des années et c’était sans succès, après plusieurs fausses couches à répétition. Ce type de commentaire n’avait pas lieu d’être.
Le grand frère ne pouvait même pas s’imaginer le poids que devait ressentir sa jeune sœur Nora. Puisque oui, avouons-le, ils étaient rendus à un âge ou tout l’entourage avait des enfants. Ne pas en avoir par choix, était une chose. Ne pas en avoir par obligation en était une autre.
S’il y avait bien une personne dans la famille a qui, on pouvait bien se confier, c’était forcément Austin. Il pouvait forcément amener plusieurs secret avec sa tombe. Il jugeait aussi que Nora avait le droit d’en parler le moment venu à qui, elle le désirait de son propre gré quand elle se sentirait prête.
Il disait ceci en repensant à son père et là Nora qui avait su cette nouvelle en début d’année. Ça n’avait pas dû être facile pour sa jeune sœur et vivre tout ça seule.
Pour avoir connu un échec une première fois dans sa vie amoureuse, qui lui avait coûté beaucoup, il préférait largement voir sa sœur seule, que mal accompagné. Beaucoup trop de couple, restait ensemble par sécurité financière, alors que l’amour n’était plus au rendez-vous.
On pouvait donc en déduire qu’Austin préférait sa sœur seule qu’avec un crétin.
Loin de Nora l’intention d’écarter sa belle-soeur, Millie, la femme de son frère, de l’équation. Cette relation ne date pas d’hier, on peut dire que la jeune femme est parfaitement intégrée à la famille Summers, pourrait presque avoir le statut de soeur pour Nora. Alors non, ce n’est pas l’intention de la vétérinaire de la tenir éloignée de ce qui pourrait être un secret de famille, c’est plutôt une façon de se protéger, de préserver son droit à avoir le choix sur le moment où elle voudra ouvrir son cœur aux autres. Parce que Austin, et bien, c’est l’heureux élu, la première personne au courant de cette histoire. Même Elea, la meilleure amie de Nora depuis presque quatre ans maintenant, n’est pas encore au courant. Pourtant, la Summers adore cette blonde, parfois excentrique et un chouia maniaque, elle lui fait parfaitement confiance sur tous les domaines. Comme quoi, la confiance ne fait pas tout, il y a des moments où le problème ne vient pas des autres, mais de soi. Nora le sait, le blocage est chez elle. Elle a juste besoin de se mettre un petit coup de pied aux fesses pour le terrasser, pour faire de ce qu’elle pense être un défaut, plutôt un détail commun à son existence, au même titre qu’un grain de beauté.
Et puis, ce n’est pas la chose la plus simple à aborder. Si elle le fait avec Austin, aujourd’hui, ce n’est pas dit qu’elle puisse reproduire l’exploit d’aussitôt, avec un autre de ses frères, avec une belle-sœur, avec sa mère, avec une amie… Un pas à la fois. En tout cas, son aîné a raison. La période qui englobe le début d’année, disons les trois premiers mois, ce n’est pas la plus simple chez les Summers, depuis presque quatre ans. Doucement, la famille approche de la date fatidique du décès de leur père. Une disparition pas si surprenante, compte tenu de son combat contre la maladie, mais pas moins douloureuse, et pénible à vivre, chaque année. Et l’an dernier, le destin a souhaité en rajouter une couche sur les épaules de Nora, jugeant que ce n’était pas assez, il faut croire.
Ce qu’il en est, c’est que Nora parvient à s’ouvrir à son aîné, à tout déballer sans qu’il n’ait réellement à poser des questions. Comme si… c’était le bon moment pour vider son sac, pour poser des mots sur ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent. Qui sait, peut-être qu’Austin sera de bons conseils, pourra bousculer un peu cette petite blonde un peu (beaucoup) entêtée, lui faire entendre raison sur les absurdités de croire qu’elle est différente des autres femmes, à cause de ceci. « Tu marques un point. » lui dit-elle, opinant du chef discrètement. C’est avec un tel exemple que l’on pense directement au diction
Là encore,